Estimer le bois sans abattre l’arbre : les coulisses du projet « Cubage » du Réseau Haies France

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D’après le témoignage de Julian, responsable de programmes de plantation

Comment connaître avec précision la quantité de bois contenue dans une haie sans avoir à couper les arbres ? C’est le défi technique et pédagogique auquel s’attelle le Réseau Haies France à travers son étude sur le « cubage des arbres de hauts jets ».

Dans le quotidien d’un technicien haies et plantations, les journées se suivent mais ne se ressemblent pas. Pour Julian, dont le temps se partage entre l’accompagnement des programmes de plantations et le suivi de la gestion des haies, cet hiver a marqué le début d’une aventure de recherche particulièrement concrète. Reprenant le flambeau d’un travail initié l’an dernier par ses collègues Louise et Fleur, il suit de près cinq fermes pilotes du territoire engagées dans un projet d’envergure nationale sous l’égide du Réseau Haies France (RHF).

Le problème : une science qui nécessitait la tronçonneuse

L’objectif de cette étude peut sembler simple : réussir à estimer fidèlement le volume de bois présent dans nos arbres de hauts jets : ces arbres de plein pied qui s’élèvent d’un seul brin depuis la souche et structurent nos paysages. Pourtant, la réalité technique l’est beaucoup moins. Jusqu’à aujourd’hui, pour connaître le volume exact de bois (et donc l’énergie ou la matière) valorisable dans un arbre aux formes souvent tortueuses, il n’existait qu’une seule méthode infaillible : l’abattre, le débiter et le peser.

Pour les gestionnaires de haies et les agriculteurs, ce manque d’outils de prédiction est un frein. Comment planifier durablement la récolte de bois-énergie ou de bois d’œuvre si l’on avance à l’aveuglette ? L’enjeu est donc de bâtir un modèle mathématique fiable capable de traduire des mesures prises sur un arbre sur pied en un volume de bois bien réel.

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Quand la haute technologie s’invite au cœur du bocage

Pour résoudre cette équation, le monde agricole s’est associé au monde universitaire. Le projet collabore activement avec une école d’ingénieurs en géomatique. Ces étudiants, habituellement formés à modéliser les volumes de structures complexes comme des ponts ou des charpentes métalliques, appliquent ici leurs compétences aux formes organiques des arbres.

Équipés de leur outil LIDAR (technologie de télédétection qui utilise des impulsions lumineuses pour cartographier un environnement), ils scannent les arbres sous toutes les coutures pour obtenir une modélisation en 3D d’une grande précision. Ce projet offre d’ailleurs une double circularité pédagogique : les étudiants apprennent à manipuler cette technologie sur des cas réels, tout en évaluant si leurs travaux mathématiques peuvent faire évoluer l’efficacité de l’outil lui-même face à la complexité d’une haie bocagère.

En parallèle du scan, Julian réalise une série de mesures plus traditionnelles, mais tout aussi cruciales : l’essence de l’arbre, sa hauteur totale, la hauteur sous la première branche, le diamètre mesuré à 1m30 du sol, ainsi que la largeur et la longueur du houppier.

De la théorie à la pesée

Une fois les scans et les mesures archivés, vient le moment de la vérité sur le terrain. Une partie des arbres identifiés sont abattus et mis à l’écart pour être pesés ou déchiquetés à part, grâce à l’implication des agriculteurs partenaires.

C’est ici que Julian endosse son rôle de garant de la méthode. Pour convertir un poids brut en volume scientifique (le m³), une variable clé doit être maîtrisée : le taux d’humidité.

Le protocole est minutieux :

  • Des échantillons de bois (des bûchettes de moins de 600 grammes) sont prélevés lors du chantier de déchiquetage.
  • Ces morceaux sont pesés, puis placés en étuve de séchage pendant 24 heures (ou 48 heures pour les morceaux plus denses).
  • L’objectif est d’atteindre un poids parfaitement stable : en mesurant la perte de poids en eau, on obtient le taux d’humidité exact. En combinant ce taux avec le poids vert mesuré sur la ferme, on en déduit la densité réelle au mètre cube.
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Un chantier au long cours

Bien que les chantiers avancent bien, le projet progresse au rythme des saisons et de la nature. Le travail n’est pas encore tout à fait terminé : quelques arbres attendent toujours leurs dernières mesures avant abattage. Le Réseau Haies France coordonne cette collecte patiente à l’échelle nationale, centralisant les bases de données issues de situations géographiques et d’essences d’arbres très variées (chênes, frênes, charmes…).

Pour Julian, cette mission incarne l’essence même de son métier : elle demande une présence humaine importante pour accompagner les agriculteurs, notamment lors des étapes cruciales et intenses du déchiquetage. L’atmosphère de travail y est fluide, portée par des protocoles accessibles et une collaboration avec Catherine Moret, qui pilote le projet au sein du Réseau Haies France.